VIIIe Tableau

1905 - République, la fin d'une tradition

En 1847, une nouvelle communauté religieuse s'est installée dans le couvent de Contamine, au terme d'un demi siècle d'affectation des bâtiments à une manufacture de coton. Les moines appartiennent dès lors à l'ordre du Saint Rédempteur. Ils resteront jusqu'en 1905, lorsque la nouvelle législation sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat contraindra la congrégation à quitter le Prieuré.

Ce sera la fin de la vocation religieuse de Contamine, vocation qui fit la prospérité des lieux, avec un rayonnement spirituel qui s'étendit bien au-delà des frontières du Faucigny et de la Savoie.

Nous assistons à l'interpellation d'un rédemptoriste par le Préfet de Savoie.

Le Préfet (LP) : Mon père, je dois appliquer les lois de l'Etat français et vous demander de partir du Prieuré de Contamine.

Le Rédemptoriste (LR) : Vos lois sont injustes et impies ; elles ont été condamnées par notre Saint Père.

LP: Je n'ai pas à juger de la sainteté des lois. Sachez seulement que je suis inflexible quant à mon devoir. Vous êtes sous le coup de la loi de 1902 sur les congrégations religieuses et de celle de 1905 sur la séparation de l'Eglise et de l"Etat. Vous occupez indûment des bâtiments appartenant à la Nation.

LR : Nous sommes la congrégation du Saint Rédempteur, notre seul souci est la sauvegarde des âmes. Nous oeuvrons à Contamine depuis 1847. Bien avant nous, il y eut longtemps des moines bénédictins, puis des religieux de l'ordre des barnabites. Ceci pendant près de 7 siècles. L'exercice de la foi et de la charité est une longue et noble tradition du village de Contamine.

LP : Je vous rappelle que la Savoie est française depuis 1860 et que le roi de Piémont Sardaigne, votre ancien souverain, est aujourd'hui roi d'Italie. Le décret royal, qui protégeait votre congrégation, ne lie pas la République française.

LR : C'est inique ! Nous avons tant fait pour les âmes du village.

LP : Je n'ai pas en charge les âmes, mais les hommes. Le spirituel n'est pas de mon ressort.

LR : Pour le bien des hommes, nous avons œuvré aussi, en secourant les plus démunis. Quels sont vos projets pour cette communauté ?

LP : Bien des habitants de la région sont des agriculteurs ; il revient à l'Etat de former la jeunesse à marcher sur les traces de leurs pères. Les bâtiments du couvent serviront à abriter une école d'agriculture. Quant à l'église, elle restera affectée au culte paroissial.

Le R.P. Carrier, supérieur du couvent, tenta de résister. Il demeura à contamine jusqu'en 1909, et lutta devant toutes les juridictions pour disputer au liquidateur une propriété qu'il croyait légitimement lui appartenir. N'ayant pu se faire rendre justice et faute de ressources, il fut contraint d'abandonner la partie. Il quitta Contamine en décembre 1909.

Une page de l'histoire de Contamine fut définitivement tournée.

L'ange a le cœur serré. Mais il sait que le temps qu'il porte en lui ne s'arrête jamais et que l'histoire, dont on dit qu'elle se répète, ignore le définitif et connaît souvent de justes retours des choses. Vous souvenez-vous de la manufacture de coton ?

L'homme croit toujours capturer le temps, mais l'ange vole bien trop haut.

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