SOBRIQUETS

Provenant de simples surnoms, nos noms de familles se sont peu à peu fixés dès le 13° siècle. Transmis héréditairement, ces patronymes étaient souvent accompagnés par d'autres surnoms qui exprimaient généralement soit un trait de caractère, soit une qualité ou un défaut corporel ou moral, une ressemblance même vague, avec un animal.
Les sobriquets pouvaient faire allusion à un fait, un événement, une circonstance. Quelques uns ont été donnés par plaisanterie, moquerie, ironie, sarcasme...
Les actes notariés mentionnaient souvent les parties intéressées par leurs noms et surnoms, parfois reliés par le mot latin alias, ou dit. Ordinairement, le premier était le nom, et le second le sobriquet, mais quelquefois, c'était le contraire. Dans certains cas, on ne peut connaître le vrai nom, car on les trouve placés en ordre inverse dans deux actes relatifs au même personnage, voire dans le même document.
Le surnom pouvait être employé seul, par les prêtres ou les officiers d'état civil, ou dans les conversations.
Généralement ils se transmettaient pendant plusieurs générations et finissaient par s'éteindre. Cependant, certains persistaient, s'ajoutant peu à peu au nom véritable et parfois le remplaçaient au bout d'un certain temps. Ils servaient aussi à distinguer les diverses branches d'une même famille.
D'autres surnoms étaient personnels et s'éteignaient avec un individu ou passaient à l'un de ses descendants, à plusieurs ou à tous. Lorsque le patronyme s'y prêtait, le sobriquet ou même le prénom masculin pouvait être féminisé. Presque toujours, le sens primitif nous échappe complètement, surtout en raison des déformations survenues au cours des temps. Les sobriquets sont, pratiquement toujours, issus du patois.
Souvent, on employait les diminutifs des prénoms de la personne, suivi de celui du père ou de la mère et même du grand-père reliés par la préposition "à" : Dodet à Joset à Guste ( Claude à Joseph à Auguste). Deperraz Joseph a toujours été appelé : Josè à la Zéte, rappelant le prénom de sa mère Josephte devenu veune jeune. Au 17° siècle, Decroux François était dit François à l'Aymaz, fils de Aymaz. Actuellement, tous les Contaminois connaissent François à l'Annette, sa mère se prénommant Annette.

A Contamine, depuis le début du 19° siècle, le surnom de la famille "Blanc" était "Tantilloux" transformé en Tanclou, sans que nous n'en connaissions la signification. Octave, Fernand et Louis "à Tanclou" étaient les fils de "François à Tanclou". Avec le décès de Fernand "à Tanclou", en 1989, s'éteint ce sobriquet.
Au 17° siècle, on écrivait parfois "Blanc dit Lapierre". Nous pouvons lire "Jean Lapierre, chapuis (charpentier), originaire de Scientrier..., dans un acte notarié datant de 1610.
Nous étions mortifiées lorsque l'on surnommait notre père "Botièque", sobriquet qui a disparu avec son décès en 1942. La raison de ce surnom vient d'être découverte : Circulant à vélo, ou en raison du prénom identique, on avait établi un parallèle avec Ottavio BOTTECCHIA, vainqueur du Tour de France en 1924 et 1925.

Mesdames Ducrot, Trébillod, ainsi que Monsieur Léon Lambert m'ont aidée à retrouver quelques sobriquets en usage à un moment ou à un autre. Certains, plus anciens ont été extraits de divers manuscrits

Tirés de leurs métiers : Cuisenier (Dégerine à Findrol, en 1836), Tuilier ou en patois Tioly (Lambert), Jean de l'Ouillle ou Loyi (Nier-Maréchal, meunier à Pouilly, utilisant un moulin à huile), Maffon (Chappuis, de Pouilly, maçon), Maréchal (ayant donné le nom composé : Nier-Maréchal).

Issus de leurs lieux d'origine : Lombard (Gojon, venu de la Val Sésia, au 17° siècle), Bégui (Marie Naville, épouse Primborgne était originaire des Bègues, à Nangy), ou de son habitation : Damot (là-haut en patois, Decroux).

Provenant probablement de son caractère : Bienheureux (Decroux, au 19° siècle).

De leur physique, Gros ou Petit: (Périllat), Brascourt (Joseph Decroux 1836), Miguerlet (Cyprien Decroux), le Boiteux, le Borgne, l'Aveugle..., La Grise (Berthet M. Anastasie, aux cheveux prématurément blancs).

Résultant d'un prénom : Isidore (descendants de Pelloux, dont l'épouse s'appelait Isidore, prénom rare pour une femme-19° siècle, Francillion (depuis un certain François Gavairon).

Tirés d'un nom d'animal : Lizé ou Zizé (en patois, oiseau - Falquet François, 1800) Cabri (Lambert), Perdrix (Decroux Pierre 1795)), le Loup (Montréal Guillaume 1780), Canard (Périllat Joseph 1830), Le Boëzat (patois de l'épervier : Blanc Jean Marie, 1900).

Dodet ou Yode (employés très souvent pour les hommes se prénommant Claude), Mayï ou Mayet (Marie au masculin), Gaton pour Gaston, Francillion ou Fanfoué (François), la Zéte (Josephte), la Mayon (Marie) Cisse (Narcisse).

Abbé : Bossolet.
Ancrenaz : Baubé, Bruant puis Bérouan.
Bastian : Login.
Blanc : Tantilloux, Tanclou ou Tancliou.
Bontaz : Taillan (17° siècle), Liroux, Cage.
Comte : Baron.
Croset : Sabot (sobriquet employé à Thorens, commune d'origine).
Coulavin : Bragada. (d'où le lieu-dit Chez Bragadaz, à la Côte d'Hyot).
Descombe : Janin. Originaire de Peillonnex, il était meunier à La Perrine (17° siècle).
Decroux : Totin (19° siècle), Barbaz ou Barban (d'où le hameau "Chez Barban") Bugnet, Mazet, Falquant (17° siècle). Vers 1730-1740, les enfants de Decroux dit Bugnet Joseph l'Aisné et de Péronne Famel dit Roulequin ont hérité du surnom Roulequin, qui s'est transmis à leurs descendants.
Déluermoz : Boûnan.
Deperraz : Beléan, Cané.
Dumont : Dayot. Il est difficile de savoir quel est le nom ou le surnom primitif.
Dumont - Dayot : Cané (pendant quelques générations après un mariage Dumont-d'Ayot x Canel au 17° siècle).
Dunand : Gebey (17 et 18° siècle).
Duverney : Pautron (vers 1640), Quibier, Gadeau.
Fallion : Brollion ou Brouillon. Ici, il semblerait que le nom ait remplacé le surnom (Brollion dit Fallion).
Falquet : Dian, Bailleret, Lyli, Patagan.
Famel : Tacon ou Taconnet, Goguet.
Gavillet Jacques : le Boiteux.
Gavairon : Gallé ou Gallay, Paris, Jaillet, Liroux, Francillion.
Gay : Taillan, Polican.
Jacquier : Milleret.
Jolivet : Bâlon, Papet, Philippin, Curé, Bomba, Begat, Gojard, Gelin, Miot, Padon, Donzet, Colloté…
Lambert : Burnier ou Borny en patois, Guillon ou Guillonet, Pellisson, Cabri.
Mérigay : Mottu
Métral : Madrid ou Madry, Bauffet, Court ou Curt, Papet, Perret, Depernier, Pallud, Bardollet, Syord.
Montréal : Piseau, Lauzé.
Mullat : Moyan.
Naly : Chamboux, Papéreau.
Pellet : Pizeau.
Pelloux : L'Hote, Coly, Laudaté, Gautérin, Abbé ou Abel (ces deux derniers proviennent d'un ancêtre portant le prénom rare de Abel, 1561)
Périllat : Nouza, Brillod, Mérandon, Main.
Primborgne : Dianquin, Quinquin.
Roux : Grec, Mermier, Berger. Nous lisons indifféremment Berger dit Roux ou Roux dit Berger, vers 1700.
Saddier : Tautin.
Tissot : Vial. (ou Vial dit Tissot) Il est difficile de connaître le véritable nom d'origine.
Vallier : Savoy.
Vauthier : Colloté, Bounant, Vidoz, Sally (18° siècle), Grivaz (d'où le toponyme, Chez les Grivaz), Notet.
Verdan : Lolet.
Vial : Guède.

Quelquefois, une seule personne portait un sobriquet différent du reste de la famille :

Blanc dit Tanclou François, né en 1864 : La Fleur.
Blanc dit Tanclou Jean Marie appelé Joseph, même dans les actes notariés, né en 1819 : Le Boëzat.
Bouclier Armandine : La Casine.
Chaffard Albert : au Yan.
Chaffard François : Pounet.
Chappaz Louise : la Moccan.
Chappuis Joseph et Louis (père et fils) : Mingon (17/18° siècle)
Comte Jean : La Vigne, La Gauche ou La Motte.
Decroux Elise : la K'bouet (fin 19° siècle).
Court Claude Joseph : Farinaz (18°).
Curt Pierre : Farinaz ( 17° siècle).
Decroux Emile : Mile à la Grôle.
Decroux François : Le Prince.
Decroux François : Claude à Totin.
Decroux dit Bugnet François : Genève (1800).
Decroux Joseph : Néret (1734), Tioson (1780).
Decroux Joseph Jean Marie : Damot (1850).
Decroux Joséphine : Fine à Mazet.
Decroux Philippe : Philippe à Loyi.
Decroux Pierre : Netollet (1781).
Decroux-Bugnet Joséphine : Fine à Bougnet.
Deperraz dit Belean Claudine et Gonine : Frochet (17° siècle).
Dubois Jean-Claude : Bourguignon. (Début 18° siècle). Ses fils porteront aussi ce surnom, puis l'on oubliera qu'il arrivait du Comté de Bourgogne.
Duchosal Joseph : Binnaz (1800).
Dumont-Dayot François : L'Evêque (1720).
Dumont-D'Ayot Francis : Francis à Béraule.
Duverney Jean : Patavé (1840). On dit "Chez Patavé" en parlant d'un terrain dans le bas de Pouilly.
Fallion Françoise : la Jeannette.
Falquet Jean François : Levroz (1700).
Falquet Joseph : Dian (1750).
Falquet Joseph : Javeux (1845).
Falquet Louis : Bérard (marié avec Bérard Alexandrine, 1800).
Falquet Nicolas : Fandenet (17°siècle).
Falquet Joséphine (sage femme) : la Fine à Dian.
Famel Claude : Léonard (1640).
Famel Jean : Monjean (1600).
Famel Joseph : Chevilloz (1740).
Famel Louise : La Laporay (1630).
Famel Pierre : Boulet (1690).
Gavairon, ancien maire : le Manitou ; surnom donné par Gustave Donche (début 20° siècle) dans un pamphlet contre la municipalité de l'époque. Ce sobriquet a perduré sa vie durant.
Gavairon Françoise : La Bouchette (début 17°).
Gavairon Marie-Joseph : Bravou (1810).
Gavairon Jean : l'Egyptien (depuis sa participation aux campagnes napoléoniennes).
Gavard : Nonante.
Gavillet Marie Eugénie : Marie à Gène (née 1879).
Gavillet Claude : Jaquettet (1700).
Gay François : le Fricoteur.
Gojon Claude Loys : Catalogne (1650).
Hudry Robert : Colly.
Jacquier Françoise, fille de Jacquier-Milleret Aymé : La Millerettaz.
Jolivet-Balon Henri : Zoule.
Jovard Jean : Brun (1646).
Jolivet Claude-François, et Nicolas son petit fils : le Bert (18° siècle).
Jolivet Louis : Joseph Dorothée (dès son union, en 1853 avec Vez Dorothée, d'Arthaz).
Jolivet-Colloté Pernette : la Colletaz.
Lambert-Guillion Joseph : Besson. Né en 1774, son frère jumeau décèdera de suite, mais l'épithète Besson restera au survivant.
Lambert Joseph : Lagré (1820).
Métral Jean : Soleure (18° siècle).
Métral Jean : Cané.
Métral Jean : la Gauche (18° siècle).
Nier Maréchal Claude et François : Bravet (18° siècle).
Mossuz François : Lonchet.
Nier-Maréchal Joseph: Le Tieu.
Pelloux Claude et André, père et fils : Mimi (19 siècle).
Pelloux Claude : Tetollet (1643).
Pelloux Claudine : la Titolette (1650).
Pelloux Perrine : la Perrotina, certainement depuis son mariage, en 1720 avec Perroton Joseph.
Peney Henri : Pirollet.
Périllat François : Zy (Fin 19° siècle).
Périillat Jacques : Gata (1800).
Périllat Joseph : Topret (17° siècle). Ses enfants étaient tous surnommés Gros.
Périllat Joseph : l'Avocat (1700), Navet ( 1700), Nouza (1800), Canard (1830).
Primborgne François : Ravoire (1771).
Primborgne : Boiteux à Quinquin.
Tissot Claude : Garin (1620), Panon (milieu 17° siècle).
Tissot Nicolas : Jaquet (1675).
Vial François : Perrillaton (1750). Périllat, était le patronyme de sa mère.
Vulliet Claude : La Marche (1640). Originaire de Saint Pierre de Curtille.

Lorsque plusieurs enfants d'une famille possèdaient le même prénom, ce qui était fréquent, on ajoutait : l'Aisné(e), le Puisné(e), le Cadet(te), le Jeune, le Vieux...

Le recensement effectué en 1561, pour la gabelle (impôt indirect sur le sel) précise quelques sobriquets :

Rollet famellot (Famel) le Jeune est probablement le frère de Rollet famellou l'Aisné.
François famellou est dit Gentil, Claude famellou Putri.
Claude Pelloux est surnommé Petet, Claude Caddoz : le Conte, Pierre Caddoz : Cudrier.
Quatre familles Coulavin portent le sobriquet : Dalve.
François Naly est dénommé de Chambou.

Nous lisons également Jean Mestral le Jeune ou le Boiteux, Jehan Jaloux le Jeune ou, en patois le Joyne ou l'Aisné.
Aujourd'hui, quelques familles portent encore, accolés à leurs patronymes, les sobriquets donnés autrefois à leurs ancêtres. Jadis, on appelait chacun par un surnom, à tel point qu'on en oubliait parfois le véritable nom.
Les familles nombreuses étant rares à notre époque, il n'est plus besoin de surnoms pour différencier les branches. Une explication possible de la disparition des sobriquets pourrait être également la baisse de l'humour des uns et la susceptibilité des autres.

Andrée Blanc

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