La Savoie dans l'Europe

UN GRAND MAÎTRE MAÇON :
Jacques de Saint-Georges

Les documents financiers du règne d'Edouard 1er d'Angleterre, conservés aux archives de Londres font mention à plusieurs reprises d'un "master James of Saint-George". Les premières références concernant ce personnage, maître d'œuvre à la Cour, s'étendent sur une période allant du 23 mars au 31 octobre 1278. Elles sont contenues dans une série de factures dans le registre quotidien de "garde robe royale".
En avril 1278, Maître Jacques se rend au Pays de Galles pour diriger les travaux des châteaux forts. De 1283 à 1293, il travaille à Caernarvon et Conway. C'est dans ce château reconstruit que le fils d'Edouard 1er, héritier du trône, porta pour la première fois le titre de Prince de Galles.
En 1293, Jacques travaille au monastère cistercien de Conway.
Beaumaris fut le dernier des chantiers de Maître Jacques, en Pays de Galles.
Il avait sous ses ordres 400 maçons, 2000 terrassiers, 200 portefaix, 30 charpentiers, 100 charrettes, 60 chariots, 30 bateaux.
En 1295, Maître Jacques suit Edouard en Ecosse et ses premiers travaux furent à Linlithgow.
La dernière trace de ses travaux est un paiement de vingt livres, le 4 septembre 1306. Il meurt en 1309.
Ce Jacques avait acquis une expérience auprès de son père, Jean, en Viennois, en Pays de Vaud (Yverdon en 1261, Chillon en 1266).
Jacques de Saint-Georges d'Espéranche était né en 1235.

« Si l'on sait que Maître Jacques de Saint-Georges fut l'architecte des Comtes de Savoie et que le château Saint-Vincent a été une de ses principales œuvres, l'épanouissement de son art en Angleterre est bien moins connu, ainsi que l'existence ipso facto d'une école où il apparaît comme un des chefs de file. En cette fin du XIII° siècle, il y a déjà en Europe de formidables places fortes dont les restes attestent un caractère massif dominant. A travers l'œuvre de Maître Jacques, une nouvelle tendance apparaît, celle des places fortes qui peuvent être aussi des châteaux d'agrément. C'est dans les archives des comtes de Savoie, puis dans celles des rois d'Angleterre qu'il faut chercher les éléments de la naissance de cette école. Ce travail de longue haleine a été entrepris par le professeur A. J. Taylor » (historien anglais, The castle of St Georges-d’Espéranche, The Antiquaries Journal, 33, 1-2 :33-47, 1953) « et c’est donc à partir de documents anglais qu'est synthétisé ce texte ». « 1261-1262 : Construction pour le Comte de Savoie de châteaux et murailles à Romont, Chillon et Yverdon. Le chef maçon est Maître Jean assisté de son fils Maître Jacques et le chef des travaux est Pierre Meinier. 1265-1267 : Maître Jean a quitté Yverdon et les travaux sont entièrement confiés à Maître Jacques. 1268 : Construction d'un puits à Salin. 23 août 1271 : Maître Jacques travaille à Montmélian avec Guigues de Vercors. 21 septembre 1273 : Maître Jacques est à Vienne. 22 novembre 1273 : Il est à Desoz avec Jean de Gray. 27 février 1274 : Il est à Monthey avec Jean de Masot. 15 mars 1274 : A Contamine-sur-Arve avec Jean de Masot, Hugues de Chillon et Rolle de Clétis. 18 mars 1274 : A Saint-Georges (d'Espéranche). 6 mai 1274 : Maître Jacques est avec les Maîtres de Romans, il vient de Desoz en passant par Chillon. 14 mai 1274 : à la Côte (Saint André) et à Voiron. 16 mai 1274 : A Contamine. 28 juin 1274 : A Vienne. 28 août 1274 : A la Côte avec Pierre de Langes. 5 septembre 1274 : En Bresse avec Pierre de Langes. 26 septembre 1274 : A la Côte et à Saint Laurent (du Pont). 16 et 23 octobre et 19 décembre 1274 : Trois textes faits à Saint Georges et qui citent Me Jacques à Saint Gingolph, Châtillon (sur Chalaronne), Rennans et Saint Hur. 28 janvier 1275 : Maître Jacques est à La Côte, Voiron et Saint Laurent. 25 mars 1275 : Toujours à La Côte et Saint Laurent. 26 avril 1275 : Texte fait à Saint Georges : Maître Jacques est à Bourg en Bresse

avec Pierre de Langes et Jean de Masot. Un texte du 4 mai 1275 précise que leur séjour a été de 10 jours. 5 juin 1275 : Deux textes faits à Saint Georges situent à cette période.

17 juin 1275 : Maître Jacques à Bourg en Bresse. 27 juillet 1275 : Il est à la Côte avec Pierre de Langes et Maître Jean. 9 au 18 août 1275 : Dans le Pays de Vaud avec Guigues de Vercors. 23 septembre 1275 : Maître Jacques est à Vienne ». « C'est la dernière mention de Maître Jacques en France. Dans tous ces textes, qui sont pour la plupart des relevés de compte (…) nulle part le nom Maître Jacques de Saint Georges, simplement Maître Jacques maçon ». « Dans l'emploi du temps de Maître Jacques, il y a de nombreux "trous" car tous les textes ne nous sont pas parvenus, mais on peut noter l'abondance des déplacements qui prouvent qu'un seul homme - ou plutôt une équipe – s'occupait de plusieurs chantiers. C'est pendant cette période (juin 1273) que le roi d'Angleterre de retour de Croisade visite le château de Saint-Georges en cours de finition. Maître Jacques est âgé environ de 38 ans et possède déjà une belle expérience. Les documents mentionnant Maître Jacques dès lors Outre-manche et l'énumération peut reprendre malgré un "vide" de quelques trente mois ». « 27 mars au 8 avril 1278 : Arrivée à Down Ampney pour passer 15 jours avec le Roi et sa cour en Pays de Galles. 20 mai 1278 : A Flint et Rothelan (Rhuddlan). 18 juin 1278 : A Rothelan (Rhuddlan). 19 septembre 1278 : Au Pays de Galles.

….. en 1278 : C'est la construction de quatre imposants châteaux : Rhuddlan, Flint, Builth et Aberystwyth. 3 novembre 1280 : "Magistri Jacobi de Sancto Georgio". 1281 : L'effort se porte sur la construction de Flint (déménagement du bureau d'étude). 20 octobre 1284 : Le roi d'Angleterre fait une rente à vie à Master James de Santo Georgio de 3 shillings par jour et de 1s. 6d. à sa femme Ambrosia si elle lui survit. Maître Jacques reçoit aussi des vêtements d'hiver et ces faveurs sont en récompense de "bons et louables services", en tant que superviseur de la construction des châteaux de Flint et Rhuddlan. 9 avril 1287 : Les Gallois détruisent Aberystwyth, il faut reconstruire et renforcer les défenses du château. En effet, à cette époque, c'est la conquête du Pays de Galles par les Anglais, le FarWest anglais et les forts construits servaient à marquer cette domination sur ce peuple fier d'origine Celte….. 21 octobre 1282 : Visite du Roi. 23 octobre 1282 : Maîtree Jacques est à Ruthin et s'occupe aussi du début des travaux à Denbigh.

11 septembre 1283 : Maître Jacques se fait remettre les clés de la ville de Maenan par le bailli Henry de Lacy, comte de Lincoln, et les remet quelques jours après au Père Supérieur du couvent d'Aberconway. Notons que les moines sont des Cisterciens, tout comme ceux qui vendirent la Grange de Perenche pour donner au château de Saint-Georges un domaine.

…. 12 février au 13 décembre 1285 : Maître Jacques est le seul responsable de la construction de Caernavon, Conway, Criccieth et Harlech. Notons la position particulière du Château Royal de Caernavon avec ses tours multangulaires – comme Saint-Georges – et le contraste qui du point de vue architectural, comme politique dégage ce château des autres. La fin de la construction de Caernavon sera confiée, après 1295, à Walter de Hereford, mais ce dernier, en 1304, ne sera payé que 3 shillings et ½ mark par jour, alors que Maître Jacques gagnera gagnera en 1304 3 shillings et 8 marks. 1290 : Maître Jacques est dénommé "Maître des travaux du Roi pour le Pays de Galles". A cette époque (1290), Maître Jacques dirige une entreprise qu’il faut évaluer à 400 maçons, 2000 ouvriers et manœuvres, 200 tailleurs de pierres, 30 maréchaux-ferrants, charpentiers, 100 fourgons, 60 chariots lourds, 30 bateaux pour amener pierres et charbon. A partir du 15 août 1290 et pour 3 ans, Maître Jacques est aussi constable du château de Harlech. Le constable précédent John de Bonvillario est décédé en 1287. Pourquoi ce vide de 3 années dans le rôle de constable, alors que pendant cette période la construction se poursuit. Tout simplement parce qu'il n'y a pas de prétendant et que Maître Jacques n'est pas sur place, mais en Gascogne où il accompagne John de Havering. Avril 1295 : Maître Jacques supervise la construction de Beaumaris, tout en terminant le château de Conway. Fin 1295 – 1296 : Ouverture, construction d'arches et de plusieurs portes à Conway. 1295 : Réparation et renforcement du château de Caernavon qui a souffert des révoltes galloises de 1294. 1298 : C’est la fin de l'œuvre de Maître Jacques au Pays de Galles. Beaumaris a été sa dernière bâtisse. Il rejoint le roi Edouard en Ecosse. 29 avril 1302 : C’est à Linlithgow que nous retrouvons sa trace en Ecosse, par des plans précis des travaux à entreprendre (une porte, deux tours). Le texte montre aussi l'étroit contact entre Maître Jacques et le roi d'Angleterre. L'expérience du Pays de Galles en a fait deux amis. Il est d'ailleurs payé une fois et demi le meilleur salaire. Mai-juin 1304 : Participation au siège de Stirling, sans doute en tant que bâtisseur des travaux de siège. 4 septembre 1306 : Maître Jacques reçoit 20 livres d'appointement. 20 mai 1309 : Il meurt au château de Mostyn. Son épouse Ambrosia, bien que vivante en 1303, ne semble pas lui avoir survécu, les comptes ne portant aucun paiement de rente .

Né vers 1235, Maître Jacques a donc vécu trois quarts de siècles en laissant son empreinte de manière magistrale. Concepteur, constructeur de près de 20 châteaux forts qui résisteront aux siècles ».

Texte de René-Michel Faure (1984) d'après les écrits d' A. J. Taylor, repris dans "Saint Georges d’Espéranche. Glanes d'histoire" (par les compagnons de Maître Jacques, CHR, au pied de la lettre, 475 p. 2008).


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